Le chatbot : Est-ce que c’est de l’intelligence artificielle ?

Avatar Clémentine Molinié
4 juillet 2019
automatisation définition

De nombreux mythes existent autour de l’intelligence artificielle. Les entreprises de chatbots ont naturellement surfé sur ce mythe. Maintenant que les chatbots, ou du moins leurs technologies, deviennent plus compréhensibles, il est légitime de se demander si un chatbot fait réellement parti de l’intelligence artificielle. 

Afin de répondre à cette question, il convient tout d’abord de se mettre d’accord sur la définition de l’intelligence artificielle, et donc sur la définition de l’intelligence. 

Qu’est ce que l’intelligence artificielle ? 


Quand on demande à Google ce qu’est l’intelligence artificielle il vous répondra que c’est “l’ensemble des théories et des techniques développant des programmes informatiques complexes capables de simuler certains traits de l’intelligence humaine (raisonnement, apprentissage…).”.

Dans cette définition deux éléments sont mis en avant : l’intelligence artificielle est un programme informatique et l’intelligence artificielle vise à permettre aux machines d’imiter une forme d’intelligence réelle (ou plutôt humaine dans une vision moins anthropocentrée). 

Ainsi, qu’advient-il de l’intelligence ? Google vous dira : “ La faculté de connaître, de comprendre ; qualité de l’esprit qui comprend et s’adapte facilement.”. Ici l’intelligence est donc liée à la capacité de compréhension et d’adaptation. 

Cependant, la définition de l’intelligence artificielle (et donc par extension de l’intelligence) est sujette à débat. Pour ma part, j’ai sélectionné celle de Max Tegmark, qui me paraît la plus parlante. 

Max Tegmark, dans son livre La vie 3.0, s’attarde sur cette définition. Plutôt que d’en choisir une précise, il en choisit une large, puis des sortes de “sous-définitions”. La définition large de l’intelligence étant “capacité à mener à bien des objectifs complexes”, et celle de l’intelligence artificielle : “l’intelligence non biologique”. 

Il subdivise cette intelligence en deux : l’intelligence étroite et l’intelligence générale. L’une étant la capacité à mener à bien un ensemble de buts simples, par exemple conduire une voiture ou jouer aux échecs ; l’autre étant la capacité à mener à bien pratiquement n’importe quel but, y compris apprendre. 

Ainsi un humain pourra acquérir de nombreuses aptitudes grâce à son intelligence générale. Tandis que les machines, qui commencent à nous surpasser dans certains domaines, acquièrent des aptitudes seulement dans des domaines étroits avec leur intelligence artificielle. L’IA n’égale donc pas les capacités du cerveau humain car elle est très spécialisée. 

Concernant justement ces compétences accessibles à l’IA, voici le paysage des compétences humaines de Hans Moravec. Ce schéma représente les compétences humaines comme un paysage. L’eau représente les compétences acquises par l’intelligence artificielle. Le niveau de l’eau devrait monter, et engloutir ainsi d’autres compétences humaines qui seront ensuite accessibles à l’IA. 

intelligence artificielle
Paysage des compétences humaines de Hans Moravec


De la même manière, pour souligner cette différence, il nous paraît plus difficile de calculer 654 876 x 271 939 que de reconnaître le visage d’un ami sur une image. Pour la machine c’est l’inverse.

Les technologies du chatbot


Un chatbot est un agent conversationnel capable de tenir une conversation avec un humain en imitant un humain, via une messagerie intégrée dans un site internet ou encore sur les réseaux sociaux. 

Chaque technologie d’un chatbot a recours plus ou moins à l’intelligence artificielle. 

Compréhension du langage naturel


Dans un premier temps il y a la compréhension du langage. Deux technologies peuvent être utilisées ici : 

L’analyse des mots clefs : Lors d’une requête utilisateur, le chatbot détecte un ou plusieurs mots clefs, et envoie une réponse automatiquement. Il ne détectera pas d’intention et ne comprendra surement pas si le mot n’est pas orthographié correctement et que cela n’a pas été prévu par le programmeur. On peut analyser ce niveau comme les chatbots à interactions simples, assez éloignés de l’intelligence artificielle. 

La NLU : Le chatbot comprend grâce à cela réellement l’intention de l’utilisateur. La volonté est alors couplée à l’entité. Par exemple : commander une pizza, l’intention sera “commander”, l’entité sera “une pizza”. Bien que cela soit tout de même paramétré par un humain, cette capacité de compréhension et d’adaptation se rapproche de l’intelligence artificielle. En effet, le programmeur n’aura pas à prévoir tous les cas.

Le chatbot utilise des algorithmes d’apprentissage machine qui lui permettent de détecter cette intention avec un score de probabilité, ainsi que les entités. Le gros avantage par rapport aux mots clés est que l’algorithme est capable de comprendre le sens de la phrase à partir d’un nombre limité d’exemples similaires. Le chatbot possédant cette technologie peut être considéré comme un chatbot à interactions complexes. 

Gestion de la logique de conversation


Dans un second temps, il y a la gestion de la logique. Encore une fois, cela peut être divisé en deux : 

La logique scripté : ici le chatbot déclenche son action en fonction de ce qui a été paramétré ou programmé par un humain. Il s’agit principalement d’arbres conditionnels. Ainsi, tous les cas devront être prévus. C’est ainsi que fonctionnent la majorité des chatbots actuels pour deux raisons.

D’une part une majorité des tâches (en particulier professionnelles) actuellement réalisées par des humains se font en en suivant des procédures guidées et sont donc facilement transposables de manière scriptée dans un robot conversationnel. D’autre part la mise en place de ces arbres peut se faire manuellement par un expert métier sans avoir recours à des données structurées. Le coût de mise en place et est donc relativement bas, et le ressources nécessaires limitées. Ce concept de logique scriptée s’inscrit dans une démarche IA dans la mesure où elle automatise des tâches complexes, mais utilise principalement des technologies de programmations classiques.

La logique non scriptée : Dans ce cas là, rien est à prévoir. Le chatbot connaît l’action qu’il va devoir réaliser, il saura les informations nécessaires à la réalisation de cette action et pourra les récupérer dans l’ordre qu’il veut et de façon très variée dans ses conversations avec l’utilisateur. Par exemple, pour la création de contrat, le chatbot saura qu’il lui faut 10 éléments à récupérer. Que l’utilisateur lui donne un de ses éléments spontanément, ou qu’il paraisse plus naturelle en fonction du déroulement de la conversation de lui demander une information avant l’autre, le chatbot saura s’adapter.

L’intérêt de cette technologie est de pouvoir traiter des cas d’usages impossibles à traiter avec une logique scriptée, tout simplement parce que le nombre de scénarios possibles pour arriver à exécuter la tâche est infini. Cette option permet donc de traiter de cas plus complexes que les chatbots scriptés, et donc d’automatiser des tâches et des métiers plus avancés. En résumé, la logique non scriptée est plus avancée dans l’échelle d’évaluation de l’IA que le non-scripté. 

Est-ce qu’un chatbot est de l’intelligence artificielle ?


Dans tous les cas, pour l’instant un chatbot est dépendant de l’intelligence humaine. De sa conception à sa modération, il y aura toujours besoin d’un humain derrière. 

Vis à vis de la définition de Google, le chatbot peut facilement être considéré comme de l’intelligence artificielle. En effet, son but est bien d’utiliser des technologies pour imiter des traits de l’intelligence humaine (la conversation principalement, mais aussi parfois l’apprentissage …). On peut aussi voir dans le cas de la NLU ou de la logique non scriptée que le chatbot fait preuve d’adaptation, de prise en compte du contexte. 

Concernant la définition de Max Tegmark, l’on peut voir que cela réduit les possibilités. Un chatbot reconnaissant uniquement des mots clefs ne pourra pas mener à bien des objectifs complexes. Cependant, un chatbot détectant des intentions et comprenant une logique non scriptée sera plus enclin à effectuer des actions complexes en réponse à sa conversation (et au contexte de cette dernière) avec l’utilisateur. 

Mais bien sûr, cela correspondra à une intelligence étroite. Un chatbot est programmé pour des actions précises : l’un pour le service client, l’autre pour la DSI, l’autre pour les ressources humaines. 

Plus les technologies utilisées sont proches de l’intelligence artificielle (ici la NLU et la logique non scriptée), plus cette intelligence a la possibilité d’être large. En effet, le paramétrage sera moins lourd, tous les cas ne seront pas à prévoir dans cette configuration. Ainsi, le chatbot pourra plus facilement être paramétré pour couvrir un plus large éventail d’actions. 

Conclusion 


La question de savoir si le chatbot est de l’intelligence artificielle, et donc par extension de savoir ce qu’est l’intelligence artificielle, est principalement un débat philosophique. 

Bien que ces questions ne soient pas à écarter, il faut voir les choses comme elles sont : le chatbot est un outil, ne possédant pas de volonté propre autre que celle que nous lui donnons. L’intelligence artificielle dans son ensemble se doit d’être démystifiée. Chaque intelligence artificielle se concentre sur une compétence, contrairement à l’humain qui se concentre sur un ensemble de compétences.

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